Par Benjamin Campion
— Bonjour, Madame. On voudrait faire une série de cinq minutes, drôle, légère et innovante. Avec des acteurs pleins de talent. Le seul problème...
— Oui ?
— C’est qu’il n’y aurait pas d’inspecteur.
— Même pas en arrière-plan ?
— Non, non. Ça ne colle pas avec le concept. Il s’agirait plutôt de sketchs, comme des comiques sur scène, mais avec une caméra...
— Non, mais vous rigolez ou quoi ? Vous vous croyez aux States ? Débarrassez-moi le plancher, et que ça saute !
À force d’éclater de rire à la moindre vue de Chandler, John Cage ou Bart Simpson, on en aurait presque oublié que la France aussi sait faire rire. Les séries américaines n’ont pas d’équivalent dans le reste du monde, d’accord. Mais que sont devenues nos valeurs, notre culture, notre sens de la mise en scène ? Comment expliquer la pauvreté de nos séries ? Manque de diversité ! Même si HBO rime avec renouveau, les grands networksUn réseau est constitué d'un ensemble de stations locales de télévision qui relaient une partie des programmes fournis par une tête de pont, également dénommée, par analogie, réseau. ABC, NBC, CBS, Fox, WB et UPN formaient les six réseaux américains jusqu'à la fusion, à la rentrée 2006, de WB et UPN (toutes deux ciblées sur la tranche 18-34 ans). Les programmes émis par le réseau sont relayés par deux types de stations ou chaînes locales : celles possédées et gérées par le réseau lui-même et les affiliées (« affiliates ») qui lui sont liées par contrat. Les affiliées constituent la majorité des stations composant le réseau. C'est le réseau qui finance le développement des concepts d'émissions et des scripts en projet. C'est lui qui décide des émissions mises à l'antenne et de leur place dans la grille des programmes. C'est à lui que revient la décision d'« annuler » une série ou bien de la « renouveler » pour des épisodes supplémentaires. NBC, ABC et CBS fournissent en moyenne 12 à 14 heures de programmes par jour à leurs stations affiliées. Trois sont généralement situées en prime time. Les stations affiliées bénéficient d'un certain nombre de décrochages, y compris dans les émissions du réseau, pour y insérer des publicités locales. Le réseau verse en outre une redevance aux stations pour les inciter à diffuser ses programmes. américains n’ont pas attendu le câble pour lancer des séries en tout genre, et ce depuis toujours. Au cours de la saison 2003-2004, la chaîne Fox diffusait ainsi Boston Public (dramaSérie dramatique, par opposition à une comédie (ou sitcom). Les personnages d'un drama évoluent dans des lieux réalistes, débattent de sujets de société et sont confrontés à des problèmes de la vie de tous les jours : chômage, solitude, vieillissement, etc. Plus que de tenir le téléspectateur en haleine, le drama l'émeut, le renvoie à sa propre existence. Il l'accompagne dans son évolution personnelle et fait résonner ses propres expériences. D'un format général de 1 heure, les dramas possèdent aujourd'hui la malléabilité d'un genre bien établi à la télévision : épisodes en plusieurs parties, participations de guest-stars, etc.), That 70’s Show (sitcomContraction des termes situation comedy, comédie de situation. Série humoristique se déroulant le plus souvent dans un nombre de décors limité, mettant en scène une famille ou un groupe de personnages unis par un lien quelconque (travail, lieu de vie, amitié...), et dont les dialogues sont entrecoupés des rires d'un supposé public. Même dans le cas où la sitcom est enregistrée en public, il est courant d'ajouter aux rires de celui-ci des rires pré-enregistrés pour renforcer l'effet comique. Remarque : on préfèrera la forme une sitcom à un sitcom, les termes comédie et situation étant, en français, du genre féminin.), 24 heures chrono (thriller), The O.C. (soapLittéralement : « opéra de savon », « opéra savonneux » ou encore « opéra-lessive ». Feuilleton quotidien dans la veine des Feux de l'amour, dont les ancêtres étaient les feuilletons radiophoniques sponsorisés par des marques de lessive telles que Procter et Gamble, toujours propriétaires de certains des soaps encore diffusés à la télévision. Parmi les premiers soaps apparus sur les petits écrans américains dès les années 40, quelques-uns étaient des adaptations ou la suite de feuilletons radiophoniques dont on avait parfois repris les acteurs pour incarner le même rôle à la télévision ! Les ressorts mélodramatiques simplistes (sexe, argent, drame, amour, haine, trahison) des soaps sont destinés à capter facilement l'attention des téléspectateurs. Les soaps sont tournés au rythme de cinq épisodes par semaine et diffusés tous les jours de la semaine, sauf le week-end. Les plus célèbres d'entre eux sont Haine et passion (Guiding Light, créé en 1951), Hôpital central (General Hospital, 1963), La force du destin (All my Children, 1970) qui a fait une courte apparition sur TF1 en mars dernier mais a été très vite déprogrammé, Les feux de l'amour (The Young and the Restless, 1976), Santa Barbara (1984)... opera), Tru Calling (fantastique), King of the Hill (animation). En France, le justicier (Navarro, Julie Lescaut, Maigret mais aussi L’Instit, Fabien Cosma, Madame le proviseur, etc.) fait figure d’ogre. Même la vague de sitcomsContraction des termes situation comedy, comédie de situation. Série humoristique se déroulant le plus souvent dans un nombre de décors limité, mettant en scène une famille ou un groupe de personnages unis par un lien quelconque (travail, lieu de vie, amitié...), et dont les dialogues sont entrecoupés des rires d'un supposé public. Même dans le cas où la sitcom est enregistrée en public, il est courant d'ajouter aux rires de celui-ci des rires pré-enregistrés pour renforcer l'effet comique. Remarque : on préfèrera la forme une sitcom à un sitcom, les termes comédie et situation étant, en français, du genre féminin. pour adolescents (ou plutôt pour grands enfants attardés, selon la définition qu’en donne le dictionnaire secret exclusivement réservé aux gens-qui-font-la-télévision-mais-ne-la-regardent-pas) telles qu’Hélène et les garçons, Le miel et les abeilles, Classe mannequin n’a pas résisté à l’entrée dans le XXIe siècle.
Eric, Jamel et Ramzy (H).
Reste Sous le soleil, bien sûr... En 2002, Âge sensible, une série dramatique apportant un autre point de vue, payait le manque de culot des chaînes hertziennes et disparaissait aux oubliettes. Seule une chaîne à péage pouvait oser changer la donne.
En 1998, Canal+ lançait en même temps H, Blague à part et Evamag dans le cadre d’une soirée « comédie ». On y retrouvait Jamel, Éric et Ramzy ou encore Chantal Lauby, comiques souhaitant apparaître dans une série hebdomadaire. Si le succès n’est pas au rendez-vous, et si tout n’est pas bon à prendre, ces sitcomsContraction des termes situation comedy, comédie de situation. Série humoristique se déroulant le plus souvent dans un nombre de décors limité, mettant en scène une famille ou un groupe de personnages unis par un lien quelconque (travail, lieu de vie, amitié...), et dont les dialogues sont entrecoupés des rires d'un supposé public. Même dans le cas où la sitcom est enregistrée en public, il est courant d'ajouter aux rires de celui-ci des rires pré-enregistrés pour renforcer l'effet comique. Remarque : on préfèrera la forme une sitcom à un sitcom, les termes comédie et situation étant, en français, du genre féminin. à la française démontrèrent qu’on pouvait innover à la télévision. La mutation s’amorçait. Quand, le 11 octobre 1999, France 2 lance Un gars, une fille, les Français, emballés, sentent que le vent a tourné et respirent une petite brise fraîche. Ils la tiennent, leur série ! Celle qui fera taire les mauvaises langues, comblera critiques et public, alimentera les discussions. En 2001, surfant sur la vague, débarque une autre série à succès, Caméra Café. Certains, choqués par sa similitude avec Un gars, une fille, crient au plagiat.