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Angela’s Eyes

Titre original : Angela’s Eyes

Par Benjamin Campion

Elle s’appelle en réalité Anderson. Car Angela Henson (un nom d’emprunt qu’elle a adopté au moment d’entrer à l’université) n’est autre que la fille de Colin et de Lydia Anderson, les deux plus grands traîtres de l’Histoire des États-Unis, qui ont infiltré la C.I.A. afin de délivrer des informations capitales à des forces étrangères. Angela n’a appris la vérité sur ses parents qu’à l’âge de 14 ans, tandis que son frère Jerry en avait 11. Dès lors, ils ont tous deux été trimballés de familles d’accueil en familles d’accueil sous une surveillance continue du gouvernement. Aujourd’hui, Angela a choisi de se soigner par la meilleure des thérapies : celle du terrain. Elle traque en effet pour le F.B.I. les assassins, les arnaqueurs, les « menteurs » comme l’ont été en leur temps ses parents qui croupissent désormais dans une prison de haute sécurité. Et pour ne pas faciliter la rupture avec son passé déjà ô combien douloureux, la jeune femme voue un amour aveugle à son petit frère qui ne recule devant aucune manipulation pour arriver à ses fins. Bref, voici une famille que n’aurait pas reniée ce cher Sigmund Freud ! Mais si la vie privée d’Angela ressemble à un champ de bataille après des mois de bombardements, la perspicacité dont elle fait preuve dans l’exercice de ses fonctions n’a pas d’égale. En effet, on lui a si longtemps travesti la réalité qu’à ce jour, elle sait distinguer le vrai du faux au premier coup d’œil : un parfait détecteur de mensonges ! Cependant, même au sein de son équipe, Angela peine à accorder sa confiance et s’entête à cacher son jeu, qu’elle s’adresse à son chef Gene Taylor (un proche de ses parents qui leur a jadis promis de garder un œil sur leur fille) ou à Leo Jenkins, son partenaire terriblement efficace dans la seule « zone de vérité » qui vaille : la rue. Reste tout de même Dozer, un spécialiste des nouvelles technologies qu’elle a côtoyé durant ses études, ce qui lui donne droit à quelques confessions le poussant à aider Angela dans ses investigations personnelles.

« Les gens équilibrés, pour la plupart, disent la vérité. S’ils mentent, c’est pour ne pas heurter les sentiments de quelqu’un ou pour éviter de mettre cette personne dans l’embarras. Ils appartiennent au groupe 1. Quiconque appartient au groupe 2 embellit les faits, trompe son conjoint, trahit ses collègues de travail pour obtenir une promotion. Il est très facile de deviner si un membre des groupes 1 ou 2 ment. Par contre, le groupe 3 pose plus de problèmes : il concerne les menteurs pathologiques, ceux dont le nez s’allonge tant à force de raconter des bobards qu’eux-mêmes ne savent plus très bien s’ils appartiennent au monde réel ou à une fiction de leur invention. » Telle est la théorie d’Angela, qui n’aime rien tant que s’attaquer à un membre du groupe 3 et repérer le mensonge à un simple hochement de tête, à un léger plissement de front ou à un imperceptible tremblement aux commissures des lèvres... Et son regard est le nôtre, bien sûr ! Par l’utilisation de la caméra subjective, on nous invite à scruter la scène en sa compagnie afin de dénicher le moindre indice susceptible d’aider à résoudre une affaire souvent construite comme un puzzle dont chaque pièce ne trouve son emplacement qu’à la dernière seconde. Face à une telle perspicacité, on peut se dire que les enquêteurs cathodiques ont encore de beaux jours à couler derrière la petite lucarne...

Mais Angela’s Eyes ne se contente pas d’aligner les résolutions de crimes épisode après épisode : l’héroïne renoue également avec son passé lorsqu’elle revoit ses parents après dix ans de séparation et comprend que son frère essaie de prouver leur innocence par tous les moyens. L’arc narratif qui en résulte, dont les révélations distillées à dose homéopathique visent à tenir le téléspectateur en haleine, ne constitue finalement qu’un point commun supplémentaire avec la série Alias. Comme Angela’s Eyes, celle-ci met effectivement en scène une jeune femme aux talents extraordinaires contrainte de cacher ses véritables activités professionnelles à ses amis et dissimulant dans ses placards tout un tas de squelettes issus d’un passé trouble intimement lié aux missions passées (mais pour le moins ambiguës) de ses parents, eux aussi agents secrets. Aux scènes d’action dynamisant les aventures de Sydney Bristow, l’équipe de production de Angela’s Eyes préfère néanmoins une réflexion basée sur de malignes déductions. Lorsqu’un interlocuteur concentré sur un match de football américain fait remarquer à Angela que le caméraman a encore filmé d’un côté du terrain alors que l’action se déroulait de l’autre, celle-ci réalise ainsi qu’on l’a abusée dans l’affaire dont elle a la charge en lui faisant croire qu’une fugitive recherchée par le F.B.I. allait s’échapper par l’entrée principale d’une cathédrale alors qu’en réalité, elle a emprunté la sortie arrière ! Malheureusement, cette ingéniosité doublée d’une réalisation bannissant les effets « explosifs » — et rappelant du même coup la sobriété de certaines séries policières à « l’ancienne », sans jeux de jambes, cascades ni clins d’œil au cinéma d’action — n’a pas suffi à maintenir Angela’s Eyes dans la grille de programmation de Lifetime (une chaîne du « basic cable » connaissant notamment un fort succès auprès des femmes). Un « coup d’arrêt » d’autant plus regrettable que les intrigues proposées tenaient la route et que malgré l’absence d’acteurs renommés, la distribution ne manquait pas d’allant à commencer par Abigail Spencer (déjà vue dans All my Children), dont on peut toutefois s’attendre à ce que le regard d’ébène attire de nouvelles caméras.

Série policière américaine, 2006, 13 épisodes de 42 min (1 saison). Créée par Dan McDermott. Producteurs exécutifs : Dan McDermott, Tom Nunan, Cathy Schulman, Scott Shepherd. Avec Abigail Spencer (Angela Henson), Lyriq Bent (Leo Jenkins), Joe Cobden (Dozer), Rick Roberts (Gene Taylor), Paul Popowich (Jerry Anderson), Alberta Watson (Lydia Anderson), Boyd Gaines (Colin Anderson). Diffusée aux États-Unis sur Lifetime, en France sur TF1.

 

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