Vous êtes ici :
Inédits >
Février 2007 >
Dr House
Par Loïc Marchand
« J’arpente en m’aidant d’une canne les couloirs de l’établissement dans lequel j’exerce la médecine et j’envoie volontiers au diable mes collègues praticiens, mais je ne suis pas le docteur Kerry Weaver d’Urgences. Je joue de mon charme « fatal » et de mes yeux bleu clair, mais je ne suis pas le docteur Derek Shepherd de Grey’s Anatomy. J’examine à l’aide d’un matériel dernier cri des indices jusqu’alors invisibles afin d’en tirer un maximum d’informations, mais je ne travaille pas aux côtés des Experts (que ceux-ci œuvrent à Las Vegas, Miami ou Manhattan) et ne suis pas non plus l’un des personnages de Gideon’s Crossing ni de Medical Investigation. Je m’appelle en fait Gregory House, chef du département de recherches de l’hôpital universitaire de Princeton-Plainsboro dans le New Jersey, où j’officie en tant que spécialiste des maladies infectieuses.
Le docteur Gregory House (Hugh Laurie).
Lorsque nous aurons fait plus ample connaissance, sans doute suivrez-vous l’exemple de la plupart des gens en me détestant le plus cordialement du monde. Ou peut-être pas... »
En faisant de son « héros » un être cynique, égocentrique, profondément anticonventionnel (d’où son refus de porter la blouse blanche comme de se soumettre à une quelconque forme d’autorité) et « allergique » au contact avec les malades (c’est en tout cas ce qu’il ne cesse de proclamer), David Shore, créateur de Dr House, n’a pas choisi la solution de facilité. Mais après s’être fait la main sur des séries telles que The Practice, Au-delà du réel ou New York District, ce scénariste et producteur de métier s’est tout de même adjoint pour l’occasion les services de professionnels aussi aguerris que Bryan Singer (Usual Suspects, les deux premiers X-Men, Superman Returns) et Paul Attanasio (Homicide, Gideon’s Crossing). Souhaitant éviter une comparaison potentiellement pénalisante avec le rythme trépidant d’Urgences, la sensiblité à fleur de peau de Grey’s Anatomy ou la dérision jouissive de Scrubs (les « mastodontes » règnant actuellement sur le genre aux États-Unis), l’équipe ainsi constituée a finalement opté pour l’investigation à suspense assortie d’une note humoristique décalée. Fort de son expérience sur Gideon’s Crossing, Attanasio a ainsi orienté les scripts vers la traque des virus les plus insaisissables tandis que Singer (dans la lignée des images numériques qui suivaient le parcours du gène mutant des X-Men) donnait libre court à sa passion pour les effets visuels en trois dimensions et que Shore distillait un humour noir que certains jugeront cependant un peu systématique. Sans oublier le jeu, non seulement avoué mais totalement assumé et intelligemment conduit, des références : nul hasard dans le fait que le patronyme de notre médecin de fiction, capable des plus brillantes déductions, habitant au 221b et souffrant d’une dépendance aux stupéfiants, commence par un « H » (comme « Holmes »). D’autant que l’un de ses jeunes disciples n’est autre qu’un certain docteur Wilson (dont le nom en rappelle inévitablement un autre) et que Gregory House affronte en fin de saison 2 un dénommé Moriarty. David Shore revendique en effet une admiration sans bornes pour le détective Sherlock Holmes, né de l’imagination de Sir Arthur Conan Doyle. Et si l’on s’en souvient bien, le fameux détective de Baker Street n’a jamais possédé lui non plus ce qu’il est convenu d’appeler un « caractère facile »...
Reste que s’il ne manifeste pas la moindre compassion envers ses patients, Gregory House se montre plus impitoyable encore vis-à-vis des microbes qui hantent leur organisme. Cette redoutable efficacité se lit d’ailleurs sur les traits aussi durs qu’impénétrables du comédien britannique Hugh Laurie (Peter’s Friends, Stuart Little, Le vol du Phoenix) à qui incombe la « lourde » tâche d’incarner un tel misanthrope. L’acteur, s’il se dit confus de toucher pour chaque épisode tourné un cachet largement supérieur au salaire de son père (véritablement médecin !), ne peut toutefois regretter les deux Golden Globes de meilleur acteur dans une série dramatique que lui a valus son rôle en 2006 et en 2007. Quant aux relations avec les malades, n’en déplaise à sa responsable Lisa Cuddy (dont l’interprète, Lisa Edelstein, s’est déjà illustrée dans Ally McBeal et dans Felicity), House les délègue aux jeunes spécialistes qui l’entourent : l’oncologue James Wilson (possédant les traits de Robert Sean Leonard qui, ironie du sort, se suicidait pour ne pas devenir médecin dans Le cercle des poètes disparus), le spécialiste des soins intensifs Robert Chase, l’immunologiste Allison Cameron et le neurologue Eric Forman (Omar Epps, le Dr Dennis Gant d’Urgences, décidément abonné aux hôpitaux). Pour quel résulat final et surtout, avec quel effet sur le public ? Les avis divergent sur ce point et si les téléspectateurs américains sont sans cesse plus nombreux à suivre semaine après semaine les investigations du Dr House (chaque nouvel épisode de la saison 3, actuellement diffusée aux États-Unis, attire ainsi plus de 25 millions de personnes), on peut raisonnablement s’interroger quant aux raisons objectives d’un tel engouement compte-tenu de la construction immuable (et donc répétitive) des intrigues. Mais le meilleur moyen de s’en faire une idée sur la durée reste sans doute de suivre cette série désormais accessible au plus grand nombre [1].
Série médicale américaine, 2004, 59 épisodes de 43 min (2 saisons, 3e en cours de production). Créée par David Shore. Producteurs exécutifs : David Shore, Bryan Singer, Paul Attanasio, Katie Jacobs. Avec Hugh Laurie (Dr Gregory House), Lisa Edelstein (Dr Lisa Cuddy), Omar Epps (Dr Eric Forman), Robert Sean Leonard (Dr James Wilson), Jennifer Morrison (Dr Allison Cameron), Jesse Spencer (Dr Robert Chase). Diffusée aux États-Unis sur la Fox, en France sur TF6 puis TF1.
[1] Le lancement de Dr House sur TF1 le 28 février 2007 pose tout de même une question : pourquoi la chaîne commence-t-elle par diffuser ce jour-là les 3e et 4e épisodes de la saison 1, faisant du même coup l’impasse sur le pilote (pourtant réalisé par Bryan Singer en personne) et sur l’épisode 2 ?