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Stephen King et la télévision (rubrique Humeurs)



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Kingdom Hospital

Titre original : Stephen King’s Kingdom Hospital

Par Benjamin Campion

« Sur les restes calcinés d’une usine infâme anéantie par un incendie, un établissement voué à sauver des vies s’est vu construit. Mais les malheureux qui ont jadis péri en ces lieux sont loin de connaître la paix. » Contrairement à ceux du récit initial écrit par les danois Lars von Trier et Niels Vorsel, les fantômes de Kingdom Hospital ne surgissent pas d’un ancien marais mais de ruines damnées dans lesquelles brûlèrent de nombreux enfants... À la manœuvre, l’écrivain Stephen King qui ne cachait pourtant pas (vingt ans plus tôt, certes) sa méfiance envers la télévision à travers son essai intitulé Anatomie de l’horreur. Selon lui, « le téton de verre » (surnom emprunté à son ami écrivain Harlan Ellison) pourrit tout, MaryMary (Jodelle Micah Ferland). aussi bien les histoires que ceux qui les racontent (voir notre article Stephen King et la télévision). Accusée numéro un : la « bride » imposée aux scénaristes, bien sûr ! S’agissant de Kingdom Hospital cependant, King a les coudées franches pour écrire le scénario qu’il souhaite et le diviser en « chapitres » destinés à être diffusés par la chaîne ABC.

Au terme d’un prologue et d’un splendide générique dans la lignée des dernières productions américaines en date, les premières minutes du pilote offrent à Stephen King l’occasion de s’illustrer en sa qualité d’auteur avec une scène d’autant plus fascinante qu’elle raconte son propre accident, survenu en juin 1999 sur une petite route du Maine. On y voit un artiste percuté de plein fouet par un van puis gisant au sol, couvert de sang, les jambes tordues selon un angle particulièrement inquiétant. Le chauffard s’est laissé distraire par son rottweiler qui lui réclamait un morceau de viande, et il n’a pas vu le malheureux promeneur qui se trouvait sur la trajectoire de son véhicule. S’il réalise, hébété, l’atrocité dont il vient de se rendre coupable, cela ne l’empêche nullement de prendre la fuite quelques secondes plus tard tandis que sa victime semble clouée sur le bitume — comme l’était Jessie sur son lit de souffrance dans le roman éponyme de King — et qu’un corbeau reluque d’un œil avide ce corps appétissant avant de se poser sur lui, plus que jamais menaçant. C’est le moment que choisit une sorte de tamanoir géant (issu du tableau que notre artiste était en train de peindre le jour du drame) pour émerger à pas lents des fourrés voisins, s’approcher du blessé et capturer de sa langue immense une fourmi qui parcourait le visage de celui-ci. Une séquence hallucinante qu’on croirait sortie d’une œuvre de David Lynch, à l’intensité encore accentuée par le dialogue qui s’est instauré entre l’esprit de l’homme et l’animal dont il produit la vision.

Dès lors, on se dit que Stephen King tient enfin l’œuvre qui marquera de son empreinte la lucarne magique comme ses phrases ont déjà influencé la littérature fantastique. D’autant qu’en terme de « lieu maléfique » (et l’hôpital qui sert de théâtre aux évènements de Kingdom Hospital en est un), Stephen King connaît ses classiques auxquels il a rendu un premier hommage avec Shining, adapté au cinéma par Stanley Kubrick en 1980. L’auteur, qui n’avait pas apprécié certaines infidélités du cinéaste au récit original, en a d’ailleurs ensuite écrit sa propre adaptation pour la télévision. Mais le résultat s’est avéré bien en-deçà de ses espérances : il n’est pas parvenu à y recréer l’ambiance inhérente à ses récits littéraires ni sa façon très particulière de nous faire entrer « dans la tête » de ses personnages. Car si l’on reproche souvent à Stephen King d’écrire en dix pages ce que cinq suffiraient à exprimer, les cinq pages « de trop » servent justement à peaufiner ses portraits de gens ordinaires dont la vie bascule dans le fantastique et l’horreur. Or à la télévision, il faut que les choses aillent vite : visiblement décontenancé par un tel rythme, l’auteur de Kingdom Hospital remplit donc ses treize épisodes (était-ce un format suffisant ?) d’une galerie de personnages plus pittoresques les uns que les autres au détriment d’une action claire et rythmée, privilégiant en outre un climat angoissant sans percevoir l’absolue nécessité d’introduire dans son récit des rebondissements propres à donner envie de regarder la suite. Dommage que l’auteur se soit ainsi « égaré en chemin » : la scène auto-biographique de l’accident laissait en effet présager le meilleur...

Série fantastique américaine, 2004, 13 épisodes de 42 min (1 saison). Créée par Stephen King d’après la série originale L’Hôpital et ses fantômes de Lars von Trier et Niels Vorsel. Producteurs exécutifs : Lars von Trier, Mark Carliner, Stephen King. Avec Andrew McCarthy (Dr Hook), Bruce Davison (Dr Stegman), Diane Ladd (Sally Druse), Brandon Bauer (Abel Lyon), Jack Coleman (Peter Rickman), Jennifer Cunningham (Christa), Meagen Fay (Brenda Abelson), Jodelle Micah Ferland (Mary), Lena Georgas (Carrie von Trier), Jamie Harrold (Elmer Traff), Allison Hossack (Dr Christine Draper), Suki Kaiser (Natalie Rickman), Sherry Miller (Dr Lona Massingale), Del Pentecost (Bobby Druse), Julian Richings (Otto/la voix de Blondie), Kett Turton (Paul/la voix d’Antubis), William Wise (Dr Louis Traff). Diffusée aux États-Unis sur ABC, en France sur Paris Première puis sur M6.

 

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