Lundi 6 février 2012
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Mad Men

L’arène des apparences

Par Benjamin Campion

Mad Men est tout ce qu’elle n’est pas : une proie facile, un miroir d’eau translucide, une collection de clichés par trop prévisibles. Percutante comme un crochet du droit de Joe Frazier et à la fulgurance temporelle d’une toile d’Edward Hopper, l’enfant née sans prétention de l’esprit de Matthew Weiner (ancien scénariste des Soprano) détient l’une des clés les plus élémentaires du succès et de la longévité : la culture du faux-semblant. Ce qui fait d’elle la nouvelle reine des apparences.

« Where the truth lies » [1], nous saisit l’une des accroches de Mad Men. En clair, regardez Mad Men et vous saurez toute la vérité sur ces « ad men » de l’agence Sterling Cooper (ayant pignon sur Madison Avenue, New York) et, de manière plus générale, sur les mœurs régissant l’Amérique blanche du début des années 60. Où l’on grille un paquet de Lucky Strike par réunion, où chaque entrée dans un bureau s’accompagne d’une invitation à descendre un Scotch et où l’adultère s’apparente bien plus à un plaisir naturel qu’à une tromperie, si tant est que l’on réponde à ses obligations familiales et que l’on assure à son épouse un niveau de vie confortable. Autant de jeux de dupes auxquels excelle le ténébreux Don Draper, personnage central de Mad Men cristallisant toute l’hypocrisie d’une société bien-pensante... à défaut d’être totalement insouciante.

Dans un univers ultra codifié et (en apparence, seulement) transparent, où le jeu sournois des « desperate housewives » de Marc Cherry serait lu au premier regard en coin, le toujours tiré aux quatre épingles — même après avoir gravi les marches de l’immeuble tout entier de Sterling Cooper, la faute à un ascenseur défectueux et à une réunion avec quelques huiles n’ayant pas pour habitude de « poireauter » — Donald pousse en effet à son apogée la partition du « vilain petit canard » [2] et se pare de plus beaux atours pour draper d’illusion la noirceur de son passé et la fourberie de ses actes présents.

[1] « Là où s’étend la vérité », jeu de mots sur le double sens du verbe « to lie » qui signifie également « mentir ».

[2] À noter qu’une fois nommé associé de la firme, Draper nommera au poste de Directeur financier le prénommé « Duck », clin d’œil au célèbre canard Donald Duck créé par les dessinateurs de Walt Disney au début des années 30.

 

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