Vous êtes ici :
Inédits >
Février 2007 >
Les 4400
Par Benjamin Campion
Ce que les scientifiques prenaient pour une inoffensive comète survolant la Terre change soudain de trajectoire et se dirige à pleine vitesse vers le globe. Puis cette sphère lumineuse ralentit sa course, semble vouloir se poser à la surface d’un lac de l’état de Washington et finit par « exploser » en une foultitude d’individus. 4400 exactement, ni plus ni moins. « Au cours des cinquante dernières années, des milliers de personnes ont mystérieusement disparu. Le 11 juillet 2004, elles sont de retour. » Des hommes, des femmes et des enfants de tous âges, n’ayant aucun souvenir de leur enlèvement survenu une paire de mois ou cinq décennies plus tôt. Leur corps n’a pas pris une ride et ils se retrouvent, pour certains d’entre eux, affublés d’étranges pouvoirs. Parmi ces miraculés figurent Maia Rutledge, la toute première à avoir été enlevée en 1946, une fillette de 8 ans désormais orpheline et possédant le don de connaître l’avenir ;
Maia Rutledge (Conchita Campbell).
Richard Tyler, un pilote de chasse afro-Américain enlevé en 1951 durant la guerre de Corée, alors amoureux d’une femme blanche décédée à son retour ; Lily Moore, enlevée en 1993, petite-fille de la femme qu’aimait le même Richard Tyler avant sa disparition ; Orson Bailey, un homme d’affaires enlevé en 1979 qui se découvre évincé de la direction de sa propre société, bientôt veuf et en proie à des colères meurtrières (au sens propre du terme...) ; sans oublier Shawn Farrell, un étudiant parmi les plus populaires de son lycée enlevé en 2001 et désormais capable de prendre ou de redonner la vie par un simple contact de ses mains.
Au départ, Les 4400 prend la forme d’une énième œuvre télévisuelle mi-fantastique mi-action montrant le gouvernement américain aux prises avec un phénomène inexpliqué. À la télévision, X-Files et autres Dark Skies ont déjà largement contribué au genre. Toutefois, l’agréable surprise provient de l’étude d’êtres humains déphasés en lieu et place de la sempiternelle traque aux extra-terrestres. Imaginez que votre vie s’arrête à une date précise et ne reprenne son cours que dix, vingt, voire cinquante ans plus tard : vous êtes devenu le cadet de vos quatre petits frères, votre mari a refait sa vie avec une autre femme, la belle maison que vous aviez construite à la sueur de votre front est partie en fumée... Les 4400 brosse un portrait à la fois très fort et très mélancolique de ces êtres « à part » (dont le reste de la population a bien du mal à accepter la « différence ») en adoptant un point de vue d’abord extérieur (celui d’un duo d’agents fédéraux aux caractères a priori incompatibles) puis subjectif (l’un des agents n’est autre que l’oncle de Shawn Farrell et sa partenaire décide d’adopter la petite Maia) sans jamais négliger l’accent fantastique : la vraie nature des pouvoirs paranormaux développés par les 4400 se révèle en effet progressivement.
La série, produite par Francis Ford Coppola sans qu’on ne ressente d’influence notable, emprunte certes beaucoup à de récentes productions : Shawn Farrell le guérisseur et Orson Bailey le tueur foudroyant renvoient respectivement à Ben et au Père Justin de La Caravane de l’étrange, tout comme la fillette Maia Rutledge et ses dons de prescience évoquent la petite Allie Keys de Disparition, série dont l’acteur Joel Gretsch tenait déjà l’affiche. Mais au moment de son lancement le 11 juillet 2004, Les 4400 permit à USA Network de réaliser la meilleure audience de l’histoire d’un pilote diffusé sur une chaîne câblée américaine avec un score de 7,4 millions de téléspectateurs. Depuis lors, la « petite chaîne qui monte » (Monk, Dead Zone) ne lâche plus son joyau malgré une qualité scénaristique fluctuante. La conclusion de la 2e saison et le début de la 3e pouvaient ainsi faire craindre le pire avec la fulgurante croissance d’Isabelle (la fille de Richard Tyler et de Lily Moore), rappelant celle de l’« Enfant Stellaire » de la série V, ou avec des affrontements meurtriers entre « gentils » et « méchants » 4400 calqués sur le conflit opposant les mutants du professeur Xavier à ceux de Magneto dans X-Men. Mais la nouvelle disparition de Maia en cours de saison 3 et les révélations ayant accompagné son retour sont fort opportunément venues relancer une machine que l’on craint désormais un peu moins de voir s’essouffler.
Série fantastique américaine, 2004+, 1 pilote de 82 min et 30 épisodes de 42 min (3 saisons, 4e en cours de production). Créée par Scott Peters et René Echevarria. Producteurs exécutifs : René Echevarria, Maira Suro, Ira Steven Behr, Francis Ford Coppola. Avec Joel Gretsch (Tom Baldwin), Jacqueline McKenzie (Diana Skouris), Mahershalalhashbaz Ali (Richard Tyler), Laura Allen (Lily Moore), Patrick Flueger (Shawn Farrell), Chad Faust (Kyle Baldwin), Peter Coyote (Dennis Ryland), Conchita Campbell (Maia Rutledge), Karina Lombard (Alana Mareva), Jeffrey Combs (Kevin Burkhoff), Megalyn Echikunwoke (Isabelle Tyler « adulte »), Garret Dillahunt (Matthew Ross), Alice Krige (Sarah). Diffusée aux États-Unis sur USA Network, en France sur M6.