Lundi 6 février 2012
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Les scénaristes au piquet

Qui va nourrir la bête ?

Par la rédaction

Si la grève des scénaristes à Hollywood et à New York défraie autant la chronique, tout média confondus, c’est parce qu’elle implique d’inévitables retards (voire des annulations) s’agissant de la production de fictions télévisées (et cinématographiques, même si ces dernières ne répondent pas à une attente régulière ni à court terme du public) dont on commence tout juste à mesurer l’impact financier sur les studios. D’énormes sommes sont effectivement en jeu, les séries ayant actuellement le vent en poupe comme jamais outre-Atlantique aussi bien que dans l’hexagone. Toutefois, à l’instar de la manne financière générée par le pétrole, cette pluie de billets verts ne retombe pas de façon équitable entre les mains des professionnels qui en sont à l’origine. Et les scénaristes (ces « éminences grises » dont la machine à fabriquer du rêve ne saurait se passer) sont loin de recevoir en retour la plus grosse part du gâteau.

Des plumes aussi alertes que celles de David E. Kelley, Chris Carter, Joss Whedon, Marc Cherry ou Ryan Murphy ont certes trempé dans des projets au succès assez retentissant pour leur assurer la reconnaissance et la fortune (et ce n’est que justice compte tenu de leur talent). Mais ces exceptions aux règles en vigueur, dans un système plus prompt à couper des têtes qu’à les coiffer d’une couronne, ne sont que l’arbre cachant la forêt. Car la vie d’un scénariste immergé dans l’univers incontestablement fascinant d’Hollywood s’apparente rarement à un long fleuve tranquille, dont le cours ne subirait pas le moindre remou et dont les flots s’écouleraient sans jamais se heurter à un quelconque barrage.

Parmi les premiers à avoir empoigné leurs pancartes (comptez sur eux pour trouver les meilleurs slogans !) et à s’être déployés en piquet de grève, les auteurs de la comédie satirique The Office (adaptée de l’original britannique), un « faux-cumentaire » pourfendant justement les bassesses et les injustices du monde de l’entreprise, ont toujours en travers de la gorge les « webisodes » diffusés sur le site Internet de NBC sans qu’ils ne touchent le moindre centime (surtout lorsque les avocats du networkUn réseau est constitué d'un ensemble de stations locales de télévision qui relaient une partie des programmes fournis par une tête de pont, également dénommée, par analogie, réseau. ABC, NBC, CBS, Fox, WB et UPN formaient les six réseaux américains jusqu'à la fusion, à la rentrée 2006, de WB et UPN (toutes deux ciblées sur la tranche 18-34 ans). Les programmes émis par le réseau sont relayés par deux types de stations ou chaînes locales : celles possédées et gérées par le réseau lui-même et les affiliées (« affiliates ») qui lui sont liées par contrat. Les affiliées constituent la majorité des stations composant le réseau. C'est le réseau qui finance le développement des concepts d'émissions et des scripts en projet. C'est lui qui décide des émissions mises à l'antenne et de leur place dans la grille des programmes. C'est à lui que revient la décision d'« annuler » une série ou bien de la « renouveler » pour des épisodes supplémentaires. NBC, ABC et CBS fournissent en moyenne 12 à 14 heures de programmes par jour à leurs stations affiliées. Trois sont généralement situées en prime time. Les stations affiliées bénéficient d'un certain nombre de décrochages, y compris dans les émissions du réseau, pour y insérer des publicités locales. Le réseau verse en outre une redevance aux stations pour les inciter à diffuser ses programmes. déplacent le problème et amènent le débat, d’une façon jugée insultante par les intéressés, sur le terrain de la « publicité » ou celui de la « rentabilité »). Les voici manifestant devant les studios de NBC au nom de la Writers Guild of America [1] :

[1] Corporation des auteurs de l’industrie américaine du cinéma et de la télévision remettant chaque année ses propres prix : les Writers Guild of America Awards.

 

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