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Nous ne sommes pas seuls
Lost, les disparus :
La saison 3 de Lost, les disparus (rubrique Humeurs)
La saison 1 (rubrique Épisodes)
La saison 3 (rubrique Épisodes)
La saison 2 (rubrique Épisodes)
Par Benjamin Campion
Six heures après son décollage, le vol Oceanic 815 menant de Sydney à Los Angeles perd sa réception radio, ce qui le rend invisible des contrôles aériens. De son plein gré, l’équipage amorce un demi-tour en direction des îles Fidji, qui possèdent un aéroport international. Mais de violentes perturbations entraînent une double cassure de l’avion, fichant la tête, le corps et la queue en d’éparses niches d’une île perdue dans le Pacifique, à environ mille six cent kilomètres de l’itinéraire prévu. Autant de brasses qui séparent les quarante-huit survivants d’éventuels secours. Toutefois, grâce lui soit rendue, l’île saura divertir ses hôtes par de multiples friandises : monstre carnivore mugissant dans la nuit, ours polaires, sangliers mystiques, française échouée depuis seize ans, vaisseau marin appelé « Le Rocher Noir », groupe surnommé « Les Autres », écoutille d’objet non identifié...
John Locke (Terry O’Quinn).
Jour 1. Un bourdonnement diffus vrille aux quatre coins de mon crâne, comme le frottement d’un bâton de craie que le vilain professeur de mathématiques — euphémisme — jouirait à râper contre le tableau de classe, mêlé aux cris épouvantés des petits écoliers implorant tous les dieux de la Terre et de l’Au-delà de leur pardonner leurs offenses, Ô mon Dieu pardonne-nous nos offenses ! Aujourd’hui, Elle m’a fait un cadeau. Un merveilleux cadeau. J’ai marché, comme si je n’avais jamais cessé. Ironie du sort, mon foutu fauteuil roulant s’était justement fait la malle, ah ah ah ! Je les laissai copuler en paix et me portai au secours des plus mal en point. Eh oui, je ne vous l’ai pas encore dit mais, aussi sûr que je m’appelle Locke — ce que je ne suis plus —, le 815 s’est méchamment vautré. Ce qu’elle te donne d’une main, l’île te le reprend de l’autre. Ainsi va la vie, Billy.
Jour 4. J’ai regardé à travers l’œil de l’île, et ce que j’ai vu était magnifique. Défis, aventures, énigmes, dépassement de soi. Telle une expédition tropicale dont le guide s’appellerait... disons, « le destin ». Moi qui adore les jeux, me voilà servi ! D’autant que la vie m’a parfois joué de vilains tours. Comme cette fois où j’ai rencontré ma mère (abonnée au instituts psychiatriques), qui m’a conduit à mon père auquel j’ai offert un rein. Depuis, il refuse de me recevoir dans sa charmante demeure. Qui a dit qu’un enfant abandonné avait le droit de connaître ses origines ? Plus ironique encore, au moment précis de prendre le bus qui lancerait officiellement l’expédition dans les terres d’Australie dont je rêvais depuis des années, on me ferme la porte au nez. Soi-disant parce que j’aurais omis de signaler mon état. J’ai passé les quatre dernières années dans un fauteuil roulant, ça ne m’a jamais freiné ! Pourtant, s’il y a bien une chose en laquelle je crois, c’est le destin. Pour retourner à Tustin, j’ai embarqué dans l’Oceanic 815... et me voici sur le territoire indompté de mes rêves (quelque part entre les îles Fidji et... le continent américain), trottinant comme le lapin Duracell !
Jour 9. Les secours n’arrivent pas. Tant mieux, car j’ai une mission à accomplir pour l’île. Je le sens. Sinon, pourquoi m’aurait-elle rendu l’usage de mes jambes ?
Pourquoi quarante-huit personnes auraient-elles survécu au naufrage d’un avion disloqué en plein vol ? La réponse tient en six lettres : D-E-S-T-I-N. C’est lui qui m’a fait atterrir sur cette île. Lui qui m’a mené vers l’écoutille. Mais nous en reparlerons plus tard.
Jour 20. Avant de poursuivre mon récit, je me dois de vous présenter mes camarades de jeu. Voyez-vous, je suis un homme ordinaire. Viande, patates, je vis dans le monde réel. Cependant, cet endroit est différent. Les gens sont différents. Il y a cet ancien soldat irakien de la Garde Républicaine. Sayid. Expert en communications. Il a servi contre nous pendant la Guerre du Golfe, procédé à des séances de torture. Couru après la femme de son cœur pendant sept ans. Il y a ce p’tit gars, Boone. Un habitué des responsabilités. Un gosse de riches, obsédé par sa demi-sœur elle aussi au nombre des rescapés. Un type sur lequel on peut compter. Il y a ce père de famille noir, Michael, qui n’a récupéré la garde de son fils que deux semaines plus tôt, après le décès de la mère d’une maladie rare. Plus qu’un ouvrier en bâtiment, Michael possède un don de dessinateur qui lui permet d’ériger des structures élaborées sur l’île. Le fiston, Walt, m’a tout de suite interpellé. Il se tapit quelque chose de spécial sous sa naïveté, comme une seconde vue. Et nous avons en commun d’apprécier l’expédition au point d’en retarder l’issue dès que l’occasion se présente. Pas vrai, Walt ? Si vous voulez bien m’excuser, la gravité qui s’exerce sur mes paupières n’est plus tenable.