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Janvier 2007 >
Parlez, Numéro 6 !
Par la rédaction
Aujourd’hui, la France des médias a l’air de découvrir les séries. Comme si elles n’avaient, pour ainsi dire, jamais existé. Comme si Le Prisonnier, Mission : Impossible, Les Mystères de l’Ouest, Chapeau melon et bottes de cuir, Columbo (et la liste est longue...) n’avaient été que des OVNIs télévisuels. Comme si l’ORTF n’avait jamais diffusé Le Saint, Belphégor, Les Envahisseurs, Ma sorcière bien-aimée, etc. Comme si feue la Cinq n’avait pas régalé le grand public avec Twin Peaks, Star Trek, La Cinquième Dimension, Wonder Woman, Happy Days, Arnold et Willy, Supercopter... Oublié, tout ça ?
Aux États-Unis, Star Trek est une religion. Plus de 52 millions d’Américains ont tremblé devant l’épisode final de Friends. Internet fourmille des théories les plus folles sur la suite de nombres de Lost, les disparus. On n’y parle plus de « buzz » autour des séries, car celles-ci se sont confortablement installées dans les grilles de programmes du câble et surtout des networksUn réseau est constitué d'un ensemble de stations locales de télévision qui relaient une partie des programmes fournis par une tête de pont, également dénommée, par analogie, réseau. ABC, NBC, CBS, Fox, WB et UPN formaient les six réseaux américains jusqu'à la fusion, à la rentrée 2006, de WB et UPN (toutes deux ciblées sur la tranche 18-34 ans). Les programmes émis par le réseau sont relayés par deux types de stations ou chaînes locales : celles possédées et gérées par le réseau lui-même et les affiliées (« affiliates ») qui lui sont liées par contrat. Les affiliées constituent la majorité des stations composant le réseau. C'est le réseau qui finance le développement des concepts d'émissions et des scripts en projet. C'est lui qui décide des émissions mises à l'antenne et de leur place dans la grille des programmes. C'est à lui que revient la décision d'« annuler » une série ou bien de la « renouveler » pour des épisodes supplémentaires. NBC, ABC et CBS fournissent en moyenne 12 à 14 heures de programmes par jour à leurs stations affiliées. Trois sont généralement situées en prime time. Les stations affiliées bénéficient d'un certain nombre de décrochages, y compris dans les émissions du réseau, pour y insérer des publicités locales. Le réseau verse en outre une redevance aux stations pour les inciter à diffuser ses programmes., qui leur réservent pas moins de trois heures de prime timeHeures de grande écoute. 20h-23h pour les régions de l'Est et de l'Ouest des États-Unis et 19h-22h pour le Middle West et les Rocheuses. En France : 20h30-22h30. par jour ! Mieux vaut que la diversité soit au rendez-vous : au cours de la saison 2003-2004, la chaîne Fox diffusait Boston Public (dramaSérie dramatique, par opposition à une comédie (ou sitcom). Les personnages d'un drama évoluent dans des lieux réalistes, débattent de sujets de société et sont confrontés à des problèmes de la vie de tous les jours : chômage, solitude, vieillissement, etc. Plus que de tenir le téléspectateur en haleine, le drama l'émeut, le renvoie à sa propre existence. Il l'accompagne dans son évolution personnelle et fait résonner ses propres expériences. D'un format général de 1 heure, les dramas possèdent aujourd'hui la malléabilité d'un genre bien établi à la télévision : épisodes en plusieurs parties, participations de guest-stars, etc.), That 70’s Show (sitcomContraction des termes situation comedy, comédie de situation. Série humoristique se déroulant le plus souvent dans un nombre de décors limité, mettant en scène une famille ou un groupe de personnages unis par un lien quelconque (travail, lieu de vie, amitié...), et dont les dialogues sont entrecoupés des rires d'un supposé public. Même dans le cas où la sitcom est enregistrée en public, il est courant d'ajouter aux rires de celui-ci des rires pré-enregistrés pour renforcer l'effet comique. Remarque : on préfèrera la forme une sitcom à un sitcom, les termes comédie et situation étant, en français, du genre féminin.), 24 heures chrono (thriller), Newport Beach (soapLittéralement : « opéra de savon », « opéra savonneux » ou encore « opéra-lessive ». Feuilleton quotidien dans la veine des Feux de l'amour, dont les ancêtres étaient les feuilletons radiophoniques sponsorisés par des marques de lessive telles que Procter et Gamble, toujours propriétaires de certains des soaps encore diffusés à la télévision. Parmi les premiers soaps apparus sur les petits écrans américains dès les années 40, quelques-uns étaient des adaptations ou la suite de feuilletons radiophoniques dont on avait parfois repris les acteurs pour incarner le même rôle à la télévision ! Les ressorts mélodramatiques simplistes (sexe, argent, drame, amour, haine, trahison) des soaps sont destinés à capter facilement l'attention des téléspectateurs. Les soaps sont tournés au rythme de cinq épisodes par semaine et diffusés tous les jours de la semaine, sauf le week-end. Les plus célèbres d'entre eux sont Haine et passion (Guiding Light, créé en 1951), Hôpital central (General Hospital, 1963), La force du destin (All my Children, 1970) qui a fait une courte apparition sur TF1 en mars dernier mais a été très vite déprogrammé, Les feux de l'amour (The Young and the Restless, 1976), Santa Barbara (1984)... opera), Compte à rebours (fantastique), King of the Hill (animation). L’Amérique fabrique des « fictions télévisées à épisodes » depuis l’après-guerre (I Love Lucy date de 1951 !), s’appuyant sur le savoir-faire de studios hollywoodiens à qui l’on devait déjà l’âge d’or du cinéma. En un demi-siècle, la machine s’est forgée une expertise qu’il faudra sans doute autant de temps — voire plus ! — à égaler (sans même parler de la dépasser...).
À défaut de projets moteurs sur ses propres terres, le peuple gaulois se tourne donc vers les séries de l’Oncle Sam,
Ally McBeal (Calista Flockhart) dans la série éponyme.
plus encore depuis l’éclatement du « PAF » qui a nuit à la qualité d’ensemble des productions françaises. À la fin des années 90, on entend donc la télé du salon s’exclamer :
— Chimie, iono, gaz du sang !
— La vérité est ailleurs.
— Bienvenue dans la vraie vie, Rachel : ça craint, tu vas adorer !
— J’espère de tout cœur qu’il va appeler... pour lui raccrocher au nez.
Les « enfants de la télé » français s’extasient devant le punch médical d’Urgences (dont le cœur bat toujours après 12 ans de service), les mystères captivants de X-Files (qui suscitera un « culte » sans précédent), le rire à en pleurer de Friends (la plus grande sitcomContraction des termes situation comedy, comédie de situation. Série humoristique se déroulant le plus souvent dans un nombre de décors limité, mettant en scène une famille ou un groupe de personnages unis par un lien quelconque (travail, lieu de vie, amitié...), et dont les dialogues sont entrecoupés des rires d'un supposé public. Même dans le cas où la sitcom est enregistrée en public, il est courant d'ajouter aux rires de celui-ci des rires pré-enregistrés pour renforcer l'effet comique. Remarque : on préfèrera la forme une sitcom à un sitcom, les termes comédie et situation étant, en français, du genre féminin. jamais créée) ou les délires juridiques d’Ally McBeal (l’une des séries les plus déjantées ayant vu le jour). Autant d’émotions qui ont permis aux séries de toucher un plus large public en France et de se positionner dans les grilles de programmes des chaînes hertziennes (tandis qu’œuvraient, dans l’ombre, des précurseurs du câble tels que Jimmy et Série Club). Déferla alors la vague de la « télé-réalité ». Bygones [1].
Si France 2 innova en diffusant la série Urgences un dimanche soir (à la place du sacro-saint film de cinéma) dès le 8 septembre 1996, il aura fallu attendre douze ans (de 1992 à 2004) pour que TF1 replace une série en prime timeHeures de grande écoute. 20h-23h pour les régions de l'Est et de l'Ouest des États-Unis et 19h-22h pour le Middle West et les Rocheuses. En France : 20h30-22h30. (si l’on excepte une brève tentative de contrer la « Trilogie du Samedi Soir » de M6 par une programmation spéciale intitulée « 1, 2, 3 séries » au milieu des années 90), et deux années supplémentaires pour qu’elle s’aligne sur France 2 avec une série (Les experts) un dimanche soir ! Alors oui, les temps changent. Et si, à l’aube de ce nouveau siècle, les séries ont leur place dans les conversations quotidiennes comme la mode dans celles des filles de Sex and the City, cette tendance risque de s’estomper aussi vite qu’elle est apparue. Ou peut-être pas...
[1] Ce fishism, tiré de la série Ally McBeal, signifie « Passons ».