Mercredi 8 septembre 2010
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Rescue Me

Titre original : Rescue Me

Par Benjamin Campion

New York, caserne Engine 62. Père de trois enfants, vétéran respecté par ses collègues et sauveur de vies au quotidien, Tommy Gavin a toutes les cartes en main pour mener la trajectoire de son existence vers une apogée respectable. Sauf que la vie de pompier n’est pas un long fleuve tranquille... surtout depuis un certain jour de septembre 2001. Bien sûr, Gavin connaissait les règles du jeu. On ne lui avait pas menti sur ce qui l’attendait dans l’exercice de ses fonctions. Tommy GavinTommy Gavin (Denis Leary). Il était pourtant loin d’imaginer que son cerveau lui jouerait des tours pareils : visions d’anonymes engloutis par les flammes, conversations surréalistes avec son défunt cousin Jimmy Keefe (lui-même pompier ayant donné sa vie pour secourir les victimes des attentats de funeste mémoire), jusqu’à une séparation de sa femme à la demande de celle-ci. Sauf qu’en l’occurrence, il ne s’agit pas d’un tour de l’esprit mais du démantèlement bien réel d’une famille stable et plutôt heureuse.

Gavin décide alors d’acquérir une maison juste en face de celle de son « ex-femme » (un terme officiel qu’il a encore du mal à assimiler) afin d’espionner avec la plus grande liberté les allées et venues des amants de cette dernière, n’hésitant pas à soudoyer ses propres enfants pour obtenir de précieux renseignements. Le « héros » se remet aussi à taquiner la bouteille après quatorze mois de sobriété, s’envoie en l’air (littéralement) au cours d’aventures sans lendemain, appuie sur l’accélérateur de la décadence... Il se rapproche chaque jour du fond de sa conscience, mais sa fierté l’empêche de révéler ces fêlures à ses collègues : le chef Jerry Reilly (un parieur obsessionnel dissimulant ses faiblesses sous un masque d’autorité), Sean Garrity (un jeune « étalon » spécialiste des plans foireux), Franco Rivera (le tombeur de ces dames, d’origine portoricaine), Kenneth « Lou » Shea (un faux dur qui libère ses émotions en écrivant de la poésie) et Mike Silletti (le « bleu » victime de tous les rites d’initiation). Sans oublier le fidèle adversaire de ces « coriaces » au cœur tendre (à moins que ce ne soit l’inverse), condamnés à le combattre avec des moyens dérisoires : le feu, aussi insaisissable qu’un chien traînant sa laisse derrière lui.

« Ils nous sauvent. Mais qui les sauve, eux ? », interroge fort à propos l’une des affiches promotionnelles de Rescue Me (sous-titrée « les héros du 11 septembre » lors de sa diffusion sur Jimmy et dont l’intitulé original signifie « Sauve-moi »). Voici donc l’héritage du 11 septembre 2001, ce jour de triste mémoire auquel ne manquent pas de se référer (sans le citer explicitement) nos pompiers du petit écran dont les semblables dans la vraie vie sont désormais assimilés à des héros aux États-Unis. Le point de départ de la série remonte toutefois à plus loin encore. Denis Leary a en effet perdu un cousin et un ami d’enfance parmi les six pompiers qui risquèrent leur vie lors d’un incendie qui s’était déclaré dans sa ville natale de Worcester (Massachusetts). Ce n’est donc pas un hasard si l’une des premières scènes de Rescue Me montre justement le personnage incarné par le même Denis Leary commémorant ces pertes devant une escadrille de « bleus » impressionnés par la solennité du cérémonial. L’acteur a en outre créé la « Fondation Leary pour les pompiers » afin de récolter des fonds destinés aux familles des victimes de cet incendie et de celles du 11 septembre. Bref, dans ce cas précis, Denis Leary ne « joue » pas : il se livre au contraire corps et âme en interprétant le rôle de ce anti-héros irlandais secrètement en proie au doute et à des crises d’auto-destruction, frimeur patenté mal dans sa peau n’hésitant pas à absorber le contenu entier d’une boîte de médicaments sans en lire l’étiquette au préalable.

 

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