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Six Feet Under

Sept minutes pour l’éternité

Par Benjamin Campion

Le 21 août 2005, HBO tournait un peu plus la première page de sa jeune histoire en diffusant l’épisode final de Six Feet Under, qui rejoignait Sex and the City et Oz au cimetière des fleurons de la chaîne du « premium cable » (Les Soprano se placera dans le même caveau l’année suivante). Et au moment crucial de suivre les dernières tribulations des familles Fisher, Chenowith et Diaz, une question cruciale brûlait les lèvres de tous les téléspectateurs rivés à leur poste : « Quel sortilège Alan Ball va-t-il bien pouvoir inventer afin de conclure une série aussi complexe, chorale et spirituelle que Six Feet Under... sans se perdre en route ? ».

Dès la fin de la saison 3, Alan Ball savait que Six Feet Under (sa deuxième série télévisée après l’échec de la sitcomContraction des termes situation comedy, comédie de situation. Série humoristique se déroulant le plus souvent dans un nombre de décors limité, mettant en scène une famille ou un groupe de personnages unis par un lien quelconque (travail, lieu de vie, amitié...), et dont les dialogues sont entrecoupés des rires d'un supposé public. Même dans le cas où la sitcom est enregistrée en public, il est courant d'ajouter aux rires de celui-ci des rires pré-enregistrés pour renforcer l'effet comique. Remarque : on préfèrera la forme une sitcom à un sitcom, les termes comédie et situation étant, en français, du genre féminin. Père malgré tout, non renouvelée par ABC au terme de sa première saison), ne durerait pas plus de cinq ou six saisons. Car il avait une idée assez précise des sphères sociales et psychologiques dans lesquelles il souhaitait emmener ses personnages. Car il pressentait que l’inspiration des scénaristes (des auteurs aussi expérimentés que Jill Soloway, Scott Buck, Rick Cleveland ou Kate Robin) et la faculté des réalisateurs (de Rose Troche à Kathy Baker) concevant chaque épisode de la série comme un film indépendant finiraient par s’épuiser à force de manipuler les faces colorées du même « rubiscube » dans tous les sens. Car il redoutait la lassitude légitime des téléspectateurs et car, enfin, HBO offre la rare opportunité à un « showrunner » de prendre ce genre d’options. Finalement, le compteur s’arrêtera à 5 saisons et pas une de plus.

Une fois cette décision prise en son âme et conscience par le créateur de Six Feet Under, l’avenir de la série ne faisait plus aucun doute selon son producteur exécutif Alan Poul : « Sur une série de networkUn réseau est constitué d'un ensemble de stations locales de télévision qui relaient une partie des programmes fournis par une tête de pont, également dénommée, par analogie, réseau. ABC, NBC, CBS, Fox, WB et UPN formaient les six réseaux américains jusqu'à la fusion, à la rentrée 2006, de WB et UPN (toutes deux ciblées sur la tranche 18-34 ans). Les programmes émis par le réseau sont relayés par deux types de stations ou chaînes locales : celles possédées et gérées par le réseau lui-même et les affiliées (« affiliates ») qui lui sont liées par contrat. Les affiliées constituent la majorité des stations composant le réseau. C'est le réseau qui finance le développement des concepts d'émissions et des scripts en projet. C'est lui qui décide des émissions mises à l'antenne et de leur place dans la grille des programmes. C'est à lui que revient la décision d'« annuler » une série ou bien de la « renouveler » pour des épisodes supplémentaires. NBC, ABC et CBS fournissent en moyenne 12 à 14 heures de programmes par jour à leurs stations affiliées. Trois sont généralement situées en prime time. Les stations affiliées bénéficient d'un certain nombre de décrochages, y compris dans les émissions du réseau, pour y insérer des publicités locales. Le réseau verse en outre une redevance aux stations pour les inciter à diffuser ses programmes., il arrive que des “showrunners” se succèdent et concourent ainsi à une forme d’émulation offrant de nouvelles perspectives au programme. Mais dans le cas de Six Feet Under, l’empreinte d’Alan Ball était si indélébile que personne n’aurait pu prendre la suite à sa place ». Restait à savoir quelle « plume » allait avoir l’immense honneur de conclure l’une des œuvres majeures de la décennie, marquant une étape plus importante encore qu’American Beauty dans l’art de dépeindre les vicissitudes d’une famille dite « moyenne » dont la somme des personnalités tend pourtant vers l’excellence en terme de tempérament et d’originalité.

 

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